je ne suis pas rôliste mais... --------------------------------------------------------------------------------- 1 juin 2012, 08:34 Je ne suis pas rôliste. Voilà, il fallait que ce soit dit, mais si j’interviens dans ce débat, ce n’est pas sans raison, pour le simple plaisir de la rhétorique, ma légitimité vient du fait que je suis la mère de l’un d’entre eux, un jeune homme qui écrit son propre jeu. Le jeu de rôle est entré dans ma vie par une petite porte, celle de ma maison, dans laquelle j’ai accueilli quelques parties. J’écoute d’une oreille distraite mon fils et ses amis jouer. Je n’ai jamais ressenti la moindre inquiétude pour eux, je n’ai jamais eu l’impression d’une dérive quelconque, j’ entends le jeu se dérouler rythmé par le cliquètement des dés tandis que je vaque à mes occupations et j’ai souvent l’impression d’écouter une pièce de théâtre, quelque fois drôle et remplie d’humour, du Feydeau des temps modernes, quelque fois pleine de furie et de combat, du Shakespeare revisité, quelque fois triste et sombre, du Claudel presque. Et toujours à la fin de la partie, ces jeunes gens qui transforment ma maison en scène de théâtre me disent merci de les avoir accueillis. Mais ce que je vois surtout, ce sont des jeunes gens à l’imagination vivante et fertile, curieux, passionnés, partageant un moment ludique pendant lequel ils écrivent une histoire à plusieurs mains, une pleine tablée de Boileau et Narcejac. J’ai souvent imaginé que ces soirées de contes au coin du feu, à l’époque où la télé n’existait pas et où les gens passaient les longues soirées d’hivers ensemble, qu’ils échangeaient des nouvelles, jouant à se faire un peu peur, pour pouvoir ensuite se rassurer, devaient ressembler un peu à ces parties de jeu. Pour moi, les parties de jeux de rôles relèvent de cet esprit, un peu farceur, un peu rabelaisien, un peu andersennien, un peu peraultien, beaucoup communautaire. Et si chacun des joueurs assume son personnage le temps de la partie, je peux vous assurer que les jeunes gens sont bien eux-mêmes, sans aucun hiatus dans leur personnalité, lorsque j’interromps la partie pour poser un repas sur la table. Il paraît que les rôlistes se nourrissent de pizza froide et de coca éventé, c’est possible, mais je peux vous assurer qu’ils ne se plaignent pas non plus si on leur apporte des mezzés ou des pâtisseries maison ! Ce dont je suis certaine, c’est que leur conversation à table ne se limite pas au jeu, qu’ils sont pour la plupart férus de lecture et d’histoire, qu’ils savent s’exprimer en public de façon claire et qu’ils ont une culture qui me laisse souvent pantoise. Cependant, je me dois d’ajouter que le jeu de rôle peut effectivement présenter un danger auquel nous sommes tous un jour confrontés, mais que les rôlistes rencontrent plus souvent que d’autres , la bêtise crasse de ceux qui ,certains de détenir La Vérité, les regardent en crevant de trouille parce que leur propre cerveaux atrophiés ne sont plus capable d’imaginer autre chose que leur quotidien médiocre, la confondante stupidité de ceux qui s’expriment sans savoir et qui ayant massacré leurs propres rêves ne voient dans celui des rôlistes que des cauchemars, l’imbécillité sidérale de certains journalistes frustrés de gloire et avides de sensationnel , la profonde sottise des intégristes de tous bords, des culs bénis, des bien-pensants qui ne supportent pas qu’on s’écarte des ornières qu’ils ont tracées, et leurs pères avant eux, enfin quoi, l’infinie connerie moyenne de quelques beaufs de comptoir qui n’ont pour seule excuse que d’être des fils de beauf.